
Le bref billet posté par Jane aujourd'hui m'a conduit vers le remarquable
blog à Raphaël Sorin, éditeur et conseiller littéraire d'
avant qui, parcourant les allées du salon du livre, (se) demande où est passé Maurice G. Dantec:
Tricard ? Lui que j’ai comparé à Dante et qui vient de publier chez Albin Michel un roman à tout casser, Métacortex, on l’a totalement biffé, et partout. Je passe devant le stand du Centre National du Livre. Il affiche trente portraits avec ce slogan mortel: «30 ans, 30 auteurs». Et j’embarque sa brochure. Leur «conseiller littéraire», Thierry Guichard, s’est fendu d’une présentation: «Car il s’agit bien de cela aussi dans cette littérature en mouvement: mieux saisir le monde, mieux s’y enfouir.» Bon, mais justement Dantec fait le contraire: il désenfouit à mort. Il annonce une terre plastifiée, un monde cramé. Pour en savoir plus, je fonce vers le stand d’Albin Michel. On y célèbre le culte des gros vendeurs, Werber, Musso, Nothomb. L’attachée de presse papote avec Sabatier. Je l’aborde, lui raconte que j’ai parlé au téléphone avec Maurice (qui est resté au Canada) et que je ne comprends pas ce silence, ce rejet total, ce mépris, cette mise au ban d’une littérature française si souffreteuse en général. Elle n’en sait pas plus que moi. Que faire?
ET SI ON SE DONNAIT LA PEINE DE LIRE...
... on verrait que c’est sans doute son livre le plus achevé, la fin d’un cycle, l’équivalent littéraire d’une plongée en Enfer, placée sous l’invocation de Joseph de Maistre et de Saint Jean. Voyez Paul Verlande, le héros de Métacortex, agent de la Sûreté du Québec, il a l’air de sortir d’un roman de Spinrad ou de Dick, avec en plus une accoutumance au chaos démentielle.Je ne connais pas le milieu de l'édition française de l'intérieur comme Sorin qui l'a pratiqué dans les années 70 à 90, mais pour avoir lu des journaux d'auteurs et des bios d'éditeurs du siècle passé, je me dis que là aussi l'aventure est terminée. Il y a 20 ou 30 ans, un directeur de la fiction travaillant pour un éditeur parisien important aurait été fier de mettre en avant un écrivain comme Dantec, un inventeur de langue*. Mais à l'époque, on se préoccupait encore de Littérature et de ses talents les plus singuliers.
C'est décidé, j'emporte
Métacortex comme devoir de vacances.