dimanche, 31 janvier 2010

Factionnaires & fonctionnaires


Nous récusons le calendrier de l'actualité culturelle. La rubrique "culture" relève globalement de la misère et de la falsification. Elle ne nous inspire qu'un haussement d'épaules. Quant à l'"art contemporain", il a subi une métamorphose dont les régisseurs culturels s'entendent à ne pas ébruiter les effets. (...)
Depuis une vingtaine d'années, l'art fonctionne autour des réseaux de reconnaissance qui n'ont d'autre objet qu'eux-mêmes - un artiste se définissant par son carnet d'adresses. Au même titre que le financier ou le scientifique, l'artiste comme figure sociale est en train de devenir un factionnaire de la dévastation nihiliste. (...) On le voit, le mot "artiste" change de sens. Il désigne souvent quelqu'un qui se situe aux avant-postes de l'abaissement. L'"artiste" devient celui qui ouvre de nouvelles brèches au profit de l'oppression. Voilà ce que la société va attendre de lui; ce qu'elle récompense avec des prébendes.(...) Etre entièrement réquisitionné par l'instantanéité du réseau, jusqu'à se métamorphoser en spectre - nier son propre engendrement: voilà les idées morfondantes qui roulent dans la caboche d'une vedette de l'"art contemporain."


François Meyronnis (avec Yannick Haenel), Prélude à la délivrance, L'Infini/Gallimard, 2009

Comme à Lyon, Manchester ou Barcelone, les fonctionnaires genevois de la culture (post-moderne) et les factionnaires de l'art contemporain travaillent à la consolidation du réseau de complaisances sur lequel les CV et les cotes se font, excluant toute parole critique ou indocile susceptible de ralentir l'entreprise de dévastation nihiliste dont ils devront pourtant un jour rendre compte.

Léon Spilliaert, Autoportrait au miroir, 1908