




Jean-Alexandre Blanchet:
Black Lizard/Kuro Tokage est un "polar" proche de la comédie musicale - certaines séquences sont très chorégraphiées - aux fulgurantes images surréalistes qui en font un film tout-à-fait étonnant. Il a été réalisé en 1968 par Kinji Fukasaku d'après le livre d'Edogawa Rampo avec Mishima et l'acteur travesti Akihiro Miwa, amant de l'écrivain et grande star au Japon.
Pour le site dvdrama dans le dossier consacré à Kinji Fukasaku, c'est un monument inclassable, rien de moins ! Dès les premières images, c'est un univers unique qui s'impose à nous: angles obliques soulignant l'étrangeté omniprésente, musique entraînante en phase avec des éclairages psychédéliques et des couleurs flamboyantes, narration à prendre comme un train en marche. Ce décorum kitsh sert de toile de fond variablement hystérique ou décalée à un chassé-croisé incroyablement astucieux et suave ou l'enjeu policier devient un jouet entre les mains de personnages uniquement motivés par l'irrésistible attirance qui les pousse à tous les excès et à prendre tous les risques. Le détective Kogoro Akechi (Isao Kimura) se livre à un jeu particulièrement dangereux pour mettre en échec la criminelle énigmatique surnommée Lézard Noir, interprétée ici par un travesti (Mishima oblige !), Akihiro Maruyama. Entre la joute amoureuse et la rivalité purement égocentrique, leur affrontement se mue en jeu de piste où l'astuce et le machiavélisme de chacun transforme sans cesse les données de départ, pour mieux nous perdre et nous surprendre, l'imagination des auteurs tendant au final à un ballet aussi intellectuel que mortel, un festival ininterrompu de faux-semblants, chausses-trappes, bluffs, simulacres, artifices et pièges divers. On ne peut qu'être frappé par la puissance romanesque et la modernité inaltérable de cette synthèse de toute la culture baroque de l'époque.
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Note: les héritiers de Mishima auraient réussi à faire interdire la diffusion et la réédition de ce chef-d'œuvre pour des raisons "morales" alors que l'écrivain n'avait jamais caché ses liaisons homosexuelles de son vivant. The Black Lizard a pu être projeté en 2001, pour la dernière fois semble-t-il, dans le cadre de L'Etrange festival. Une version US existe en VHS mais aucune réédition numérique n'est prévue... Si c'est vrai, ça laisse pantois. Inouï que des ayant-droits puissent obtenir au XXIe siècle par décision de justice l'interdiction de programmer en salle et de rééditer un film esthétiquement important !
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6 commentaires:
il existe un autre version filmée du "Lezard noir" qui est du début des années soixantes et tout aussi extraordinaire, plusieurs titres d'Edogawa Rampo sont traduits en français dont les incroyables "Proie et l'Ombre" et "Vermine" ...
Edogawa Rampo = Edgar Poe hurlé en japonais !
il existe une autre version filmée du "Lezard noir" qui est elle, du début des 60's, et tout aussi extraordinaire. 5 titres d'Edogawa Rampo(Edgar Poe hurlé en japonais!) sont traduit notament les incroyables "Proie et l'Ombre" et "Vermine"
J'ai une version tirée d'une VHS en vo sous-titrée en FR si ça intéresse quelqu'un, c'est du Divx... Le film est assez incroyable. Très proche des films de Seijun Suzuki pour ceux qui connaissent.
version 63 ou celle avec mishima ? (ses propres films sont aussi interdits)
Celle de 68 avec Mishima, le film dont parle l'article....
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