mercredi 20 juin 2007

Ceux qu'on a lus : Mon patient Sigmund Freud


Tobie Nathan est un ethno-psychiatre reconnu qui travaille surtout avec des patients immigrés. Pour dire vite, un ethno-psy est un praticien qui mêle à la théorie freudienne des pratiques empruntées aux marabouts. Tobie Nathan est aussi un auteur de polars et de romans historiques passionnants. Tobie Nathan énerve certains de ses confrères car les créateurs polyvalents exaspèrent toujours les mandarins.
Le résumé de Mon patient Sigmund Freund, éd. Perrin 2006 :
Vienne, 1908. Isaac Rabinovitch, étudiant en médecine, croise le chemin de Sigmund Freud. Le grand professeur, déjà célèbre, s’attache à ce jeune Candide et lui parle librement : ses amours, ses rancoeurs, ses jalousies, autant de confidences qu’Isaac consigne dans un journal. Jour après jour, il y raconte les faits et gestes du maître, mais aussi la vie dans la Vienne finissante de 1900. S’y dévoilent tout ce qui n’a pas été dit sur la psychanalyse, la vie de Freud, le comportement des premiers psychanalystes, les excès et folies d’une révolution dans le siècle. Un jour de décembre 2003, ce document dont personne ne soupçonnait l’existence tombe entre les mains d’un chercheur expatrié. Mais plus le lecteur entre avec passion dans la vie de cet inconnu surgi du passé, plus les malheurs l’accablent, comme si une malédiction était attachée à ce manuscrit dont il a hérité par hasard.
Les membres du premier cercle des disciples de Freud ont-ils épuré l'histoire des débuts de la psychanalyse en momifiant leur "patron" et en épurant leurs mémoires de tout ce qui se rapportait à la vie amoureuse et sexuelle de leur groupe et à leur consommation de drogues (cocaïne et morphine) et d'alcools forts au cœur d'un empire austro-hongrois déclinant dans cette Vienne de tous les possibles ? Perhaps... Cette hypothèse séduisante et très romanesque est l'argument choisi par Tobie Nathan pour ce livre décoiffant. "Ça parle libre" aurait pu dire Lacan.